L’Haïtien adore dire « Merci États-Unis, merci Canada » dès que son ventre commence à former une petite bosse sous le t-shirt. Trois kilos de grâce tombés du ciel nord-américain. Comme un pèlerin reçu à la messe, il applaudit sa propre survie. Pour lui, c’est la preuve ultime que « la vie était trop dure en Haïti » et que, décidément, il fallait fuir pour espérer manger à sa faim.
Chaque bouchée devient alors une célébration nationale. Le pain beurré, le sirop d’érable, le burger dégoulinant : tout se transforme en symbole de réussite. Son assiette devient un trophée et son ventre, le mètre étalon de la gratitude. Les kilos pris ne sont plus des kilos : ce sont des diplômes de résilience délivrés par le Canada et les États-Unis.
Le plus drôle, c’est que cette reconnaissance se veut collective. L’Haïtien ne remercie pas seulement pour lui-même : il remercie pour tous ceux restés au pays, pour tous les ventres creux, pour tous les rêves qui n’ont jamais quitté Port-au-Prince. Son t-shirt tendu devient une vitrine de solidarité involontaire : « Regardez ce que j’ai gagné à l’étranger, moi aussi je peux survivre ! »
Dans le fond, il y a une petite hypocrisie délicieuse. Car, en Haïti, il mangeait déjà, il vivait déjà… mais le décor et la publicité changent tout. Le même plat, avalé sous le soleil de Montréal ou à la lumière artificielle de Toronto, devient un acte de transcendance. Il se transforme en héros épicurien, guerrier de la nutrition internationale.
Et puis, il y a la fierté de la comparaison. Chaque kilo supplémentaire devient un argument silencieux : « Ici, on peut manger. Là-bas… eh bien, vous comprenez ! » C’est une manière de mesurer le succès par l’ampleur du ventre, comme si la balance avait remplacé le diplôme ou le compte en banque. Le poids corporel devient métrique du bonheur migratoire.
Mais surtout, ce « Merci Canada, merci États-Unis » est un rituel. Il rassure, il amuse, il flatte l’ego. Il dit : « J’ai survécu à Haïti, j’ai survécu aux douanes, j’ai survécu aux impôts et au froid… et en plus, j’ai grossi ! » Entre fierté, ironie et gratitude, l’Haïtien expatrié célèbre sa prise de poids comme on célèbre une victoire olympique : avec éclat, emphase et, bien sûr, un soupçon de culpabilité pour ceux restés derrière.
Jeff Nicolson Joseph
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