Ma chère amie,
Je t’écris sans savoir par où commencer, parce que certaines douleurs n’ont pas de porte d’entrée. Seize ans ont passé depuis ce jour, et pourtant, quand je pense à toi, j’ai l’impression que le temps s’est arrêté au milieu des ruines. Tu as tout perdu ce jour-là, et aucun mot ne peut réparer cela.
Je sais que tu as perdu des frères, des sœurs, peut-être ta mère, ton père, des amis, des cousins. Des visages aimés. Des voix familières. Des vies qui faisaient ton monde. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 n’a pas seulement détruit Port-au-Prince, il a détruit ton univers intime, celui que personne d’autre ne voyait vraiment.
Je te regarde vivre depuis seize ans avec ce poids silencieux. Tu avances, mais je sais que chaque pas est lourd. Tu souris parfois, mais je sais que ce sourire est fatigué. Tu fais semblant d’aller bien, parce que le monde exige que l’on continue, même quand le cœur est resté sous les décombres.
Je n’essaierai pas de te dire que le temps guérit. Ce serait te mentir. Le temps n’a rien guéri. Il a seulement appris à la douleur à se faire plus discrète. Elle ne crie plus, mais elle est là, fidèle, chaque matin, chaque nuit, dans chaque souvenir qui refuse de mourir.
Je sais que certains jours, tu te demandes comment tu as survécu alors que tant d’autres sont partis. Cette question est injuste, mais elle revient sans cesse. Elle ne cherche pas de réponse. Elle cherche seulement à faire mal. Et personne n’a le droit de te juger pour cela.
Tu as perdu ceux qui donnaient un sens simple à ta vie. Depuis, vivre est devenu compliqué. Chaque joie est mélangée à la tristesse. Chaque bonheur arrive avec une pensée douloureuse : ils auraient dû être là. Cette pensée, je la vois dans tes yeux même quand tu ne dis rien.
Je veux que tu saches une chose, même si cela ne change rien à ta peine : tu n’es pas seule. Ta douleur est légitime. Elle n’est ni excessive, ni dépassée, ni trop ancienne. On ne tourne pas la page quand toute une vie a brûlé en une minute.
Si un jour tu te sens trop fatiguée pour être forte, sache que tu en as le droit. Si un jour tu n’as plus envie de parler, ni d’expliquer, ni de justifier ta tristesse, sache que c’est normal. Certains deuils ne se terminent jamais. Ils deviennent simplement une partie de nous.
Je ne peux pas te rendre ceux que tu as perdus. Je ne peux pas réparer ce que la terre a détruit. Mais je peux te dire ceci, avec sincérité : ceux que tu as aimés continuent de vivre à travers toi, dans ta façon d’aimer, de souffrir, de résister encore.
Je t’écris pour te dire que je te vois. Que je vois ta peine, même quand elle est silencieuse. Et que, seize ans plus tard, ton chagrin mérite toujours le respect, l’écoute et le silence quand il le faut.
Avec toute mon amitié et tout mon respect,
Jameson LEOPOLD
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