Fondateur du média

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Jameson LEOPOLD est Travailleur social et Gestionnaire. Il a fait des études de maîtrise en Sciences du développement à la Faculté d’Ethnologie et en Conseil et expertise en action publique à l’Université Toulouse 1 Capitole. Il est reconnu comme consultant en migrations et réintégration (déportation, retour volontaire et fuite des cerveaux), en renforcement institutionnel (création d’organisations, élaboration et gestion de projets) et en évaluation de projets. Fort de trois années d’études en linguistique, il a fondé Plume Souveraine et occupe actuellement le poste de directeur de la communication au sein du parti Konbit Pou Demokrasi.

jeudi 11 décembre 2025

Lettre d’un fils d’Haïti au président des États-Unis d'Amérique

Lettre au président des États-Unis, Donald Trump 

Monsieur le Président,

C’est un fils d’Haïti qui s’adresse à vous aujourd’hui. Un homme profondément attaché à la terre qui l’a vu naître et grandir, à cette nation que vous avez qualifiée de sale, misérable et ignorante — ce « shit hole », selon vos propres mots. Vous pouvez lui attribuer tous les qualificatifs que vous jugerez appropriés ; Haïti demeure pourtant mienne, et je demeure sienne. Elle m’a formé, nourri, élevé et m’a conféré l’essentiel — hormis certaines expériences humaines que j’ai découvertes tardivement auprès de votre race. C’est pour cette raison que je ressens, aujourd’hui plus que jamais, l’obligation morale de lui rendre justice.

Il existe cependant une raison plus profonde encore qui sous-tend ma démarche. En tant qu’homme noir, je porte la mémoire d’une nation qui fut la première à ouvrir la voie de la dignité noire dans le monde. Haïti est la terre des prémices, le berceau de figures dont l’humanité entière demeure redevable. C’est sur son sol que naquit un ordre nouveau, un monde dans lequel, pour la première fois, la couleur de la peau ne saurait constituer un prétexte à l’exclusion d’un être humain.

Je conçois que cette vérité puisse heurter certaines convictions, déranger certaines habitudes de pensée ou bouleverser des certitudes ancestrales. Elle n’en demeure pas moins une réalité historique, gravée dans la mémoire collective. Le moment est venu, Monsieur le Président, de reconnaître ce monde nouveau, de dépasser les hiérarchies raciales héritées et de proclamer l’égalité fondamentale de tous les peuples. Car, en définitive, l’aspiration humaine est simple : vivre ensemble, lutter ensemble, parfois mourir ensemble — loin des manipulations et des intérêts qui nourrissent la discorde.

Pourtant, dire la vérité sur Haïti exige également de mesurer les forces qui ont contribué à sa fragilisation. Le pays que vous dénigrez n’a jamais choisi son état actuel. Les élites improvisées encouragées par votre nation dès 1915, et renforcées après 1986 — ces groupes qui se sont autoproclamés solution tout en transformant les élites traditionnelles en boucs émissaires — ont conduit Haïti sur une voie périlleuse.

Ces élites, souvent titulaires de passeports américains, obsédées par la quête du visa et dépourvues d’ancrage historique ou de sens du devoir, dominent aujourd’hui l’économie et la politique. Leur influence délétère est manifeste : corruption écrasante, criminalité galopante, instrumentalisation cynique de la jeunesse, incompétence persistante. Il n’est pas anodin que votre administration tente désormais de les tenir à distance : nul ne souhaite voir se reproduire ailleurs les dérives qu’elles ont imposées à Haïti.

Et pourtant, Haïti aurait pu être davantage. Une nation qui a redéfini le sens même de l’humanité aurait pu devenir un refuge pour les opprimés, une terre de dignité universelle, un modèle de justice et d’équilibre pour le monde. Au lieu de cela, elle est devenue, selon votre expression, un « shithole country », d’où ses enfants s’exilent — parfois au péril de leur vie — pour atteindre votre territoire. Ils partent en portant une misère dont ils ne sont pas responsables, mais qu’ils espèrent surmonter.

Je suis profondément désolé pour eux. Désolé pour ce peuple qui, depuis les années Duvalier, souffre d’une amnésie historique l’ayant éloigné de sa grandeur. Désolé pour ceux à qui l’on a inculqué que la réussite dépendait de l’exil, que la dignité se trouvait ailleurs, que le salut ne pouvait être trouvé que dans votre pays. Désolé pour ces générations façonnées par les récits embellis des premiers migrants et par l’illusion d’un rêve qu’elles ne comprenaient pas encore.

Cependant, reconnaître les difficultés d’Haïti ne signifie pas ignorer les qualités de votre nation. Je l’ai visitée, observée et parfois admirée, malgré ses contradictions. J’y ai vu la prospérité côtoyer la misère, la violence côtoyer la richesse, l’excès côtoyer la discipline. J’aime New York malgré son froid vif et ses dangers ; j’aime la Floride malgré son humidité pesante et la présence de réseaux illicites. Ces lieux, comme Haïti, portent le poids d’une histoire dense, vivante et complexe.

C’est pourquoi je me permets de vous poser une question simple : si moi, Haïtien, ai su discerner et apprécier les contradictions de votre pays, pourquoi ne feriez-vous pas l’effort de découvrir les nôtres ? Haïti est certes un pays difficile, mais doté d’une âme incomparable. Elle peut être désordonnée, mais elle demeure hospitalière ; chaotique dans sa capitale, mais splendide dans ses provinces ; fragile aujourd’hui, mais capable de devenir un paradis, si les puissances étrangères consentent enfin à laisser ses patriotes éclairés en assumer la direction.

Monsieur le Président, je nourris le souhait sincère que vous puissiez un jour fouler cette terre — avant votre dernier voyage — et rencontrer la vérité d’un peuple que vous avez trop souvent jugé de loin. Car il est des rencontres qui valent plus que mille jugements superficiels.

Je conclurai en partageant mon vœu le plus solennel : voir un jour les Haïtiens se réconcilier avec leur histoire, reconnaître l’héritage dont ils sont les dépositaires et retrouver la fierté de leurs ancêtres. Je rêve de les voir choisir librement de rester, bâtir, partir et revenir. Je rêve d’un peuple qui cesse de chercher ailleurs ce qu’il porte en lui depuis toujours : la force, la créativité, la liberté. Car un peuple qui s’assume pleinement ne sera jamais humilié. Il deviendra un peuple qui inspire — même ceux qui l’ont un jour méprisé.


Jameson LEOPOLD 

Gestionnaire et Travailleur social

Expert en Développement et en Politiques publiques

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