J’ai bien reçu votre message, et je vous remercie pour l’attention et la sollicitude que vous portez à mes démarches, ainsi que pour vos conseils empreints de prudence. Vous m’exhortez à la retenue après ma lettre adressée au président Donald Trump, en réaction à ses propos tenus le 9 décembre 2025 à l’égard d’Haïti. Vous plaidez pour la réserve, dans un contexte où beaucoup observent un silence prudent, et où certaines élites haïtiennes ainsi qu’une partie de la diaspora demeurent silencieuses. Pendant que certains dénigrent notre pays, d’autres détournent le regard, absorbés par un récit afro-américain qu’ils jugent supérieur à notre propre histoire, comme si la trajectoire de notre nation n’avait jamais existé. Cette indifférence ou cette peur de confronter la vérité constituent autant de défis que notre peuple doit surmonter pour retrouver sa fierté et sa voix.
Vous soulignez à juste titre les risques liés à une telle prise de position : refus de visa, interdiction d’entrée sur le territoire américain, et suppression possible du TPS dès le mois de février. Selon votre analyse, s’exprimer publiquement reviendrait à compromettre l’avenir de nos compatriotes aux États-Unis, ainsi que toute possibilité personnelle de poursuivre un projet d’études ou de vie sur ce territoire. Ces avertissements sont réalistes et méritent une attention sérieuse, mais ils ne sauraient, à eux seuls, dicter la conduite de tout citoyen animé par le devoir de vérité et de dignité.
En tant qu’Haïtien, mon premier devoir est de défendre mon pays. Défendre Haïti n’est pas un acte impulsif, mais un impératif moral. Il s’agit de rappeler à notre jeunesse que son pays possède une histoire riche, une identité singulière et une dignité indélébile. Toute nation digne de ce nom repose sur la fidélité de ses fils et filles à ses principes et à son héritage. Cette responsabilité n’est pas exclusive à Haïti : elle est universelle. Chaque citoyen ou dirigeant se doit de protéger l’image et les intérêts de sa patrie, à l’instar de ce que font Donald Trump et de nombreux Américains pour la leur.
Je précise que ma lettre ne contenait aucune attaque personnelle. Mon intention a été d’inviter le président à considérer Haïti avec attention, à dépasser les jugements superficiels et les préjugés. Cette démarche repose sur l’expérience directe : j’ai parcouru les villes de New York à Miami, en passant par la Caroline du Nord et la Géorgie. J’y ai observé que la vie de nos compatriotes, comme celle des Noirs aux États-Unis, est complexe, faite de luttes silencieuses, de sacrifices et de résilience. Chaque rencontre m’a rappelé que les perceptions simplistes ne suffisent pas à comprendre cette réalité.
J’y ai vu des familles confrontées à un système qui reproduit les inégalités, des enfants grandir dans des environnements où la prison et la marginalisation apparaissent comme des perspectives probables, et d’autres sombrer dans la drogue sous le poids d’une société encore largement hostile à tout ce qui n’est pas blanc. Comprendre cette réalité exige de dépasser les récits superficiels et d’observer avec rigueur et empathie la vie quotidienne de ceux qui, malgré les obstacles, tentent de construire leur avenir.
À la lumière de ces observations, je me permets de poser ces questions fondamentales : pourquoi cette peur constante du Blanc ? Pourquoi cette inclination à baisser la tête, comme si le respect ne pouvait naître que de la soumission ? Pourquoi persister à croire que le Noir n’aurait qu’un seul rôle sur terre : se taire et servir ? Ces interrogations sont au cœur d’une réflexion sur l’identité, la dignité et la responsabilité de chaque citoyen envers son peuple.
L’histoire enseigne une vérité universelle : le respect ne naît ni de la peur ni de l’effacement de soi, mais de la capacité à se tenir debout, à affirmer son identité et à défendre son héritage. Les peuples et individus qui ont gagné le respect sur la scène internationale ne l’ont jamais obtenu en se reniant, mais en affirmant leur dignité, parfois au prix de sacrifices considérables. Cette leçon doit guider chacun de nous, où qu’il se trouve.
Certains pensent que « partir, c’est réussir », comme si rester, lutter et construire constituait un échec. Ils observent Haïti avec mépris, convaincus que ceux qui y demeurent vivent dans la misère. Cette posture, consciente ou non, affaiblit notre patrie et entretient le doute quant à la valeur intrinsèque de notre nation et de ses habitants. Elle aligne également certains anciens cadres et décideurs haïtiens, qui, après avoir occupé des positions prestigieuses, trouvent davantage de fierté à se fondre dans un quotidien étranger qu’à contribuer au redressement de leur pays.
Je n’ai pas écrit à Donald Trump par provocation ni par naïveté. J’ai écrit par dignité. Je refuse de croire que le silence ou la peur puissent constituer des stratégies valables. Un peuple qui sacrifie son honneur pour un visa finit toujours par perdre les deux. Haïti n’a pas besoin de fils et de filles qui s’excusent d’exister, mais de femmes et d’hommes capables de parler debout, où qu’ils se trouvent.
En définitive, le respect et la reconnaissance ne se quémandent pas : ils se méritent. Haïti est notre terre, notre histoire et notre dignité. Ceux qui l’aiment véritablement se tiennent debout pour elle, défendent son héritage et inspirent le monde par leur courage et leur fidélité.
Veuillez agréer, cher ami, l’expression de ma considération distinguée.
Jameson LEOPOLD
Gestionnaire et Travailleur social
Expert en Développement et en Politiques Publiques

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